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Soutenance
 Le système aide-projet mondial et la problématique du développement en Haïti : quelles externalités locales ? (27/11/2015)
posté par Kinvi Logossah, le: 01/12/2015
expire le: 01/01/2020
Monsieur Christophe PROVIDENCE, doctorant sous la direction du professeur Fred CELIMENE, a présenté ses travaux en vue de l'obtention du grade de docteur en sciences économiques. La soutenance a eu lieu à l'ESPE Martinique. Jury : le professeur Denis MARTOUZET de l'Université de Tours, rapporteur; le professeur Nelson SYLVESTRE de l'Université d'Etat d'Haïti, rapporteur; le professeur Kinvi LOGOSSAH de l'Université des Antilles, président du jury; le professeur Fred CELIMENE directeur de recherche.
RésuméÀ la question de recherche sur « les déterminants des externalités spatiales et socioéconomiques de l’aide-projet internationale dans la planification du développement territorial en Haïti », nous avons avancé cette hypothèse de travail : « Les externalités locales de développement du système aide-projet en Haïti dépendent de la forme d’organisation autocorrélée des projets locaux financés (proximité organisée) et de leur concentration par rapport aux besoins différenciés sur chaque territoire communal ou départemental (proximité géographique) ». Le point de départ de la vérification de cette hypothèse était d’expliquer les incompatibilités des choix de politiques publiques en matière de la planification du développement du pays. Ainsi, le modèle de triangle d’incompatibilité proposé permet de comprendre la « dépendance structurelle » ainsi que le « dilemme de changement » qui remettent en question la prolifération des ONG et leurs projets dépourvus d’une réelle préoccupation des enjeux socioéconomiques. Le défi de coordination de l’aide-projet en Haïti est à la base de ces enjeux qui vont impacter négativement les stratégies locales pour un décollage économique. Dans le contexte d’une décentralisation inachevée (pas de réel transfert de moyen et faiblesse administrative) en Haïti, l’aide-projet est légitimée par des élites locales (surtout politique) bénéficiaires de ses retombées. Le système aide-projet dans sa logique de répartition spatiale renvoie à deux phénomènes : l’hétérogénéité spatiale et l’autocorrélation spatiale. L’hétérogénéité spatiale permet de prendre en compte la multiplicité des intervenants et des projets sur les territoires d’accueil, tandis que l’autocorrélation spatiale souligne l’interdépendance de ces projets et des départements d’accueil pour une meilleure planification du décollage économique du pays. Les deux phénomènes traduisent la nécessité de prendre en compte les externalités spatiales et socioéconomiques de l’aide-projet et invitent à la réflexion sur la coordination de l’aide pour une meilleure relation entre les acteurs locaux (maillon faible) et les intervenants étrangers (maillon fort). Afin de mieux expliciter les déterminants des externalités spatiales et socioéconomiques du système aide-projet, les données collectées dans les dix départements 277 du pays sont analysées et présentées sous forme d’une analyse descriptive spatiale et d’un modèle économétrique spatial. Les résultats de l’analyse descriptive spatiale révèlent le caractère asymétrique des relations entre les intervenants étrangers (bailleurs de fonds, ONG, experts internationaux…) et les auteurs locaux (l’État haïtien, les collectivités territoriales, les élites locales…). Les grandes décisions sont arrêtées par la première catégorie d’acteurs (maillon fort) et la culture de « dépendance structurelle » oblige la seconde catégorie d’acteurs (maillon faible) à emboiter le pas, même lorsque l’incompatibilité est évidente par rapport aux besoins réels en matière de stratégie de développement économique. Ainsi, le rôle des acteurs locaux se résume en un souci de faire plaisir et d’appliquer les directives des intervenants étrangers, avec pour prétention de profiter des maigres retombées. Les externalités spatiales peuvent être comprises dans le découpage du territoire haïtien en zone d’intervention privilégiée, mais sans une vision globale ou systémique renvoyant à une intelligence territoriale. Un autre déterminant des externalités socioéconomiques du système aide-projet, révélé par l’analyse descriptive spatiale, apparaît dans la logique d’implantation des projets. Les résultats ont démontré que cette logique d’implantation renforce les disparités territoriales dans la planification du développement économique du pays. L’aide-projet s’appuie sur les faiblesses structurelles des administrations locales pour renforcer la « dépendance structurelle » et la culture du « laisser-faire » des acteurs locaux. Dans ces conditions, elle n’entend pas renforcer véritablement les initiatives locales de production visant à augmenter la croissance économique du pays. Pour cela, les résultats invitent au questionnement des externalités socioéconomiques qui agissent négativement sur le montage de réseaux d’acteurs locaux pour un développement territorial en Haïti. S’agissant de l’analyse économétrique spatiale des déterminants des externalités socioéconomiques de l’aide-projet en Haïti, le modèle voulait mettre en relation le coût de financement des projets (Y) et les variables explicatives (X) : du nombre d’emplois locaux créés (x1), du nombre de bénéficiaires (x2) et du nombre d’experts étrangers mobilisés (x3). Les tests d’autocorrélation spatiale sur les données étant significatifs et positifs, la modélisation exige la prise en compte à la fois de la variable endogène spatialement décalée et des variables exogènes spatialement décalées. Cette modélisation cherche à prendre en compte l’impact des externalités socioéconomiques sur les dynamiques locales de financement des activités économiques dans les territoires d’accueil des projets. Les régressions multiples de notre modèle économétrique spatial (Durbin spatial) montrent que la logique de répartition spatiale de l’aide-projet en Haïti présente un impact significatif et négatif (en termes d’externalités) sur les stratégies locales de complémentarité territoriale. Les valeurs des paramètres mesurant l’autocorrélation spatiale (endogènes et exogènes) sont particulièrement élevées par rapport à celles des autres dimensions des variables explicatives. Ce qui relève le caractère systémique de l’aide-projet en Haïti et qui mérite d’être pris en compte, si l’idée est de permettre le décollage économique du pays à partir de l’aide au développement. Les départements sont donc des territoires particulièrement attractifs de l’aide-projet qui, sans cette préoccupation spatiale, devient incohérente au regard des résultats médiocres du combat contre la pauvreté extrême dans ce pays. Chaque département est attractif (respectivement répulsif) dans la mesure que le nombre brut et relatif des projets s’y accroît (respectivement réduit la dotation des départements voisins). Cependant, l’accroissement du nombre de projets peut provenir du découpage en zone d’intervention prioritaire (ZIP) par les ONG et les bailleurs de fonds ou de la défense des stratégies locales de développement par les élites locales. Souvent, les ONG appliquent dans ce second cas la formule « qui finance commande » et orientent l’aide vers des départements plus conciliants. Dans le premier cas, l’attractivité du territoire est tributaire des catastrophes naturelles et des graves crises sociopolitiques dans le second cas. Dans les deux cas, la concentration spatiale de l’aide-projet relève du choix délibéré des bailleurs de fonds et des ONG optant pour une « dépendance structurelle » des acteurs locaux et une dislocation de leurs liens de proximité (géographique et organisée). Néanmoins, nous ne distinguons pas ces deux aspects dans les résultats parce que l’implantation de nouveaux projets sur un territoire (département) trouve aussi son fondement dans la capacité de l’élite locale à faire des plaidoyers (souvent dans l’intérêt individuel et non collectif) pour attirer cet investissement par l’aide-projet. Tous ces résultats, présentés à la fois lors de l’analyse descriptive spatiale et dans l’estimation des paramètres du modèle économétrique spatial, permettent de vérifier notre hypothèse de travail dans le sens d’une confirmation de la relation préétablie. En ce sens, ils ont démontré que les déterminants des externalités spatiales et socioéconomiques sont tributaires des phénomènes d’autocorrélation spatiale et d’hétérogénéité spatiale, lesquels agissent directement sur les stratégies locales de développement. Quand ces deux phénomènes ne sont pas pris en compte, les externalités socioéconomiques qu’ils occasionnent impactent 279 négativement la planification de développement territorial. Cet impact mérite d’être analysé dans le sens de la complémentarité spatiale et la mise en réseaux des acteurs locaux est hypothéquée. La concentration spatiale des projets et les domaines d’intervention prioritaires ne sont pas en adéquation avec les besoins réels de financement des territoires et des acteurs locaux en matière de mise en commun des technicités (capitalisation d’expériences). L’aide-projet par rapport aux relations de dépendance structurelle en Haïti L’approche spatiale du système aide-projet s’inscrit dans la volonté de comprendre la dualité, « complexe et fragile », des stratégies de développement territorial impliquant des acteurs locaux et étrangers. Dans le contexte plus large de la globalisation, l’aide internationale se localise désormais sur des régions ou sur des pays. Ceci permet de faire le rapprochement entre l’économie régionale traditionnelle (qui se limitait à des territoires restreints) et l’économie internationale (qui envisageait jusqu’au monde entier). L’économie spatiale, en étudiant le système aide-projet, s’intéresse donc à l’extension des flux d’experts et de capitaux des pays riches (bailleurs de fonds) vers des pays pauvres (assistés ou aidés). L’essentiel devient la mobilité des facteurs qui semble trouver sa pertinence dans la liaison entre « le local et le global » (Gaudard, 2004). Cette approche spatiale, du système aide-projet en Haïti, met l’accent sur le caractère transnational de l’aide et le multilatéralisme de sa coordination impliquant à la fois des conditionnalités complexes et des montages de réseaux d’acteurs fragiles sur les territoires d’accueil des projets. En ce sens, le poids des ONG s’est renforcé, avec leurs stratégies de localisation, tandis que la crédibilité de l’État central (assisté) à planifier le développement territorial n’a pas évolué en conséquence. Lorsqu’un pays pauvre reçoit de l’aide, sa stratégie nationale de développement économique est orientée vers ce type de coopérations avec les ONG, marquant même sa structure de réseaux. Toutefois, chaque collectivité territoriale haïtienne (sur son territoire intérieur) développe une structure spatiale et économique spécifique avec ses propres mécanismes de croissance. En fait, le développement national (dans les pays aidés) dépend largement de la capacité de gérer les relations de proximités (géographique et organisée) dans le système aide-projet lui-même. L’approche spatiale du système aide-projet permet d’introduire la notion d’espace qui consiste en un ensemble de lieux procédant de la loi d’appartenance à cet espace. Cette appartenance renvoie à trois structurations qui sont l’appartenance d’homogénéité (similitude), l’appartenance de polarisation (dépendance) et l’appartenance de planification (organisation) (Perroux, 1950). Il est moins intéressant de prendre un seul lieu (territoire communal) et de regarder l’impact du système aide-projet (de manière punctiforme). Ce qui rend l’analyse non spatiale et par conséquent insuffisante et irréaliste compte tenu de la corrélation des projets locaux. Logiquement, les rapports ou les études présentant ce caractère punctiforme de l’aide souffrent du problème d’intégration et de complémentarité des projets locaux. Seule la prise en compte de la dimension spatiale supplémentaire du système aideprojet peut enrichir son analyse économique en remettant en question son équilibre à l’échelle nationale. Évidemment, l’organisation territoriale dans un pays aidé (comme Haïti) et les disparités socioéconomiques (également) sont antérieures à l’introduction du système aideprojet. Cependant, toute irruption de l’aide-projet sur les territoires communaux semble être de nature (au moins sur certains points) à atténuer les écarts entre ces territoires. Autrement dit, la simultanéité dans la réalisation des projets locaux donne une image tintée de raisonnement punctiforme qui, à un moment donné, peut être dépassé. Dans le cas contraire, l’analyse des disparités spatiales, après des années de dépendance à l’aide-projet, serait lacuneuse et toute réflexion sur les effets du système aide-projet dans le pays serait non fondée. Le développement territorial est bien plus complexe que la simple stratégie de sélection de lieux pour des actions socioéconomiques locales. En effet, le système aide-projet entretient un rapport étroit entre l’espace et le temps. Ce rapport représente la somme de toutes ces actions locales (projets) réalisées par les ONG qui supposent un transfert de compétence indéniablement dans le temps. S’appuyant sur la simultanéité des projets locaux, l’analyse spatiale du système aide-projet en Haïti exprime les relations entre les besoins locaux et les quantités observées de projets à un moment donné (Gaudard, 2004). Il s’agit de voir, pour chaque territoire communal, son espace et son temps spécifiques en fonction des autres territoires communaux afin d’expliquer l’équilibre propre au système aide-projet. La répartition qui en découle peutellent travail.
Mél  
 
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